Vendredi 18 Avril 2014 - 18:43
Par Wael Sghaier

Ville 3. Jour 2. Saint-Ouen. La culture sous toutes ses formes. 

8h30 : le réveil sonne. Je l'éteins. Je manque de sommeil. Je me suis couché un peu tard la veille pour écrire le premier article du blog. Écrire : quelque chose que l'on vous apprend dès le plus jeune age. Mais écrire pour se faire comprendre des autres sans trop en faire c'est autre chose. Ne plus avoir cette approche "marketing" de l'écriture comme lors de ses anciens jobs. Juste écrire simplement et ne pas cibler un seul type de lecteur mais le plus grand nombre. Tout ça prend donc du temps. (Et je ne cherche pas à me justifier de mon retard quand à la mise à jour du blog, j'expose juste les faits).

9h30 : Je sors du lit (J'ai entendu des enfants pleurer pendant cette heure où je somnolais et c'est plus efficace qu'un réveil). Il n'y a plus personne. Tout le monde est parti. Je me fais un café. Je monte sur la terrasse. J'admire la vue. Apparemment ce serait une usine de broyage et d'incinération construite en 1896. L'une des tours est habillée par des formes que je n'arrive pas à décrire. Est-ce de l'art ? Un moyen de mieux se fondre dans le paysage ? 

10h00 : J'enfourche Léonard. Je suis en retard et je suis un peu perdu. Je prends un sens interdit (je précise que ce n'est pas bien) et je tombe nez à nez avec la police. Je négocie pour ne pas avoir d'amende. Le tout c'est d'être cordial et souriant jusqu'au bout. Parfois le sourire peut éviter 135¤ d'amende. J'arrive au point de rendez-vous. Ce matin, je vois Thierry, un moustachu de l'association MDB (Mieux se déplacer à Bicyclette). Cette association milite pour l’amélioration des conditions de circulation à bicyclette au quotidien en Seine-Saint-Denis (et en Île-de-France) et il y a donc une antenne à Saint-Ouen. Ils récupèrent, vendent et réparent des vélos dans le but de mettre en place des actions de sensibilisation et de proposer des balades pour faire visiter leur ville. On refait une petite beauté à Léonard (malheureusement je dois le rendre) et on essaye de me trouver un nouveau compagnon de route. Si vous avez un endroit pour les accueillir, ils recherchent d'un local pour développer l'activité et la culture du vélo dans la ville. En ce moment, ils sont dans un endroit assez sombre situé dans un parking donc si avez l'occasion de les aider, allez-y !

  

11h15 : Le vélo presque prêt, je reprends la route pour découvrir les autres richesses de la ville. J'ai entendu parler d'un lieu qui s'appelle Mains d'oeuvres. J'y vais sans prévenir, ce que je fais assez souvent mais là je reste en bas. "Oui, allo, bonjour, je suis... je fais..." "Ah là, j'ai pas le temps, revenez cette après-midi". Rendez-vous pris pour 17h. Je visite un peu les alentours et me remets en chemin pour le centre-ville. 

12h30 : J'ai faim. La vélo, ça creuse. La veille, je suis passé devant une cave à vin à coté du métro Garibaldi et je me dis qu'il y a peut-être quelque chose à manger pour moi. Malheureusement, c'est complet. Le caviste me dirige vers un restaurant portugais juste à coté. À 250 mètres. 

13h00 : J'accroche Léonard devant l'église pour qu'il ne sauve pas. Je traverse la rue. Je regarde devant moi. Au loin, le Sacré C½ur. Paris si proche. Je tourne la tête. Me voilà au Portugal. Un restaurant spécialiste du poulet braisé. La bonne braise. Une Churrascaria comme on dit dans le jargon. Je rentre. Un homme souriant. Le patron. On me met à l'aise directement et m'installe. Ne sachant ce qu'il faut choisir, je me laisse guider. Quelques minutes après, deux belles cuisses de poulet (avec un gratin) arrivent. Une odeur que je ne saurais décrire envahi mon nez. Mélange d'épices, de sauce tomate cerise et viande grillée. Je ne peux attendre. Mon couteau coupe avec une facilité déconcertante un premier morceaux qui atterrit rapidement dans ma bouche. C'est tendre, épicé comme il faut. Le gratin est bien équilibré. Une réussite. 

     

13h30 : Après avoir discuté quelques instants avec le patron, je me dirige vers un lieu qui appelle encore une fois au voyage : la maison basque. Une petite visite s'en suit. La personne à l'accueil est... accueillante. Il me raconte ce qu'est l'endroit où la culture basque est représentée en Seine-Saint-Denis. On se ne doute pas qu'ici ce genre de lieu existe. 

14h45 : J'ai rendez-vous à 15h à Plaine Commune pour parler du projet. Je suis déjà en retard. J'envoie un message pour m'excuser. Je regarde un plan. C'est tout droit. Le stade de France est tout proche. Ouf !

15h20 : Je pédale comme un forçat. J'ai déjà 20 minutes de retard. Je suis à destination. Le stade dans mon dos, je pousse une grande porte vitrée. Je suis en nage. Je reprends ma respiration. Je suis à l'accueil. Je fais mine que tout va bien. Je prends l'ascenseur. Je suis au deuxième. À gauche. J'ouvre une porte. Je vois un nom. Je toque. Je prends mon plus beau sourire. Je rentre dans le bureau. 

17h30 : Me revoilà à Mains d'½uvres. Je suis encore une fois en retard. Je m'excuse et nous commençons la visite. C'est donc un lieu culturel pluridisciplinaire où tous les arts sont représentés. Historiquement le bâtiment appartenait à l'usine Valéo (anciennement Ferodo), un équipementier automobile qui avait toutes ses usines dans le coin. Il a été construit pour ses employés afin de mettre à leur disposition un lieu où il est possible de se restaurer (un restaurant collectif que l'on dit), mais surtout des moyens de culture à la fois sur le plan intellectuel et sur le plan physique (une salle cinéma conférence, un gymnase, une bibliothèque et une salle de lecture). Tout pour le bien-être de ses salariés et un moyen de les fidéliser. Construit dans les années 50, il a été laissé à l'abandon dans les années 80 après la fermeture des usines sur Saint-Ouen. Quoi de plus normal que ce lieu soit investi par une association qui veut laisser place à la création artistique. Ouvert 7j/7 de 9h à 23h, le lieu est à la fois une salle de concert, un lieu de résidence pour des artistes émergents, des bureaux de collectif et d'association et des ateliers partagés. 

C'est AUSSI un lieu de tournage comme cela a été le cas pour certains film comme Coluche d'Antoine de Caunes ou Podium de Yann Moix.

La salle de concert et d'exposition. 

  

19h00 : La visite finie, il faut que j'écrive un peu. Je m'apprête à m'assoir quand je croise le regard d'une personne connue. Audrey, de l'association One, Two, Three... RAP!. Ce soir, il y a un atelier pour apprendre l'anglais. Ce n'était pas prévu au programme. Je devais aller voir Commune image. Mais bon, c'est ça l'aventure.
21h30 : J'ai une petite faim et je suis fatigué. Je vais à la recherche d'un léger repas avant de rentrer. Je repasse devant la cave à vin. Il reste des tables de libre mais il ne reste plus grand chose à manger. Ce sera, tapenade d'olive noire et pain accompagné d'un verre de Tariquet. J'engloutis tout ça et je me dépêche de rentrer. 

22h00 : Il y a encore de la lumière. Audrey est éveillée. Sa journée a été sûrement plus fatigante que la mienne. Et elle est toujours là. On parle de ma journée et de sa journée. Mais aussi de plantes vertes et d'économie sociale et solidaire. 

23h30 : Je dois écrire ma journée pour ne pas l'oublier. 

01h00 : J'ai fini. Une journée éprouvante comme on les aime. Voyager avec un but, c'est plutôt fatiguant. Bonne nuit Saint-Ouen. Demain, j'ai rendez-vous à 08h30 à la Péricole pour une visite des puces.

A propos

Mon incroyable 93, c'est un voyage de 4 mois en Seine-Saint-Denis pour découvrir ce territoire sous un autre angle. Pour donner à voir ce 93 qu’on n’imagine pas et déconstruire les clichés qui entourent ce département, un touriste a donc décidé de partir en voyage pour aller à le rencontre des habitants et voir le patrimoine séquano-dionysiens. Un voyage pas très loin de Paris, pas très loin de chez vous (sauf si vous habitez le Minnesota) et pas très loin de chez lui,  à seulement quelques stations de métro (et RER) de la capitale afin de redécouvrir le département où il a grandi et le faire (re)découvrir à d'autres.
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